Ce n’est pas tous les jours dimanche!

30 Déc

Si Zone Grise vous faisait découvrir ses lectures du mois ? La voilà d’humeur partageuse !

Et pour inaugurer cette nouvelle catégorie en cette fin d’année ensoleillée (oui, la pluie et le beau temps, c’est une valeur sûre), Zone Grise a décidé de vous offrir deux articles! Voici nos deux premières revues. Pour la suite, il faudra attendre demain!

                                             Il était une fois et son envers

les contes de la pipe en terre

Du plâtre au coin des lèvres et un rire clair au goût d’arrière. Les portraits de Mac Orlan jouissent des insanités rances du banal, des folies douces qui tournent vinaigre.

La galerie est grotesque. Sur votre gauche, dans le cadre en bois, un revenant mécontent cherche des pieds là où les culs sont jattes ; et sur votre droite, dans l’angle, un chasseur parti chassé sans son chien n’est pas pour autant bon chasseur. Voyez, au fond du couloir, dans le cadre en métal, se dessiner les Bucoliques de 2912, chant amer des campagnes d’antan, de leur herbe artificielle, de leur air thermo-régulé. Et l’incontournable retable des ratés et des fous, des assassins absouts, des prétextes à soldats, des fourmis dans l’arène. Tout, dans cet enchevêtrement de portraits suinte la folie et le rire. L’absence de perspective. Les joues se tendent, on rit presque, et pourtant, la gorge gratte à la lecture de ces mystères fébriles qui habillent les creux d’une réalité sordide.

On sourit, mais c’est sinistre.

Les Contes de la pipe en terre sont à la frigidité ce que la Joconde est à la sexualité, une calotte inquiète, un saut de cuisse, une absurdité délicieuse.

Contes de la pipe en terre, Pierre Mac Orlan. Terre de Brume, 2009.

Stéphanie C.

                                               L’art du micro

field recording

Alan Lamb est chercheur en neurophysiologie. En 1976, il découvre en périphérie rurale de Perth, Australie, plus d’un kilomètre de fils téléphoniques abandonnés, soient douze poteaux et six fils dégainés. Agités par le vent, ces fils produisent des sons, un chant de la rencontre entre une production humaine abandonnée et une énergie naturelle, autonome. Un baptême, « Faraway Wind Organ », des micros pour des heures d’enregistrement, les éléments étant sensibles à des évènements aussi subtils que le trot des pattes d’une araignée, et parmi d’autres résultats, un disque brut, Archival Recordings sorti en 1995, aux deux longues pistes d’un drone né de reliques industrielles, hypnotique, dense, vivant.

Ce disque, avec quatre-vingt-dix-neuf autres, est présenté par Alexandre Galand dans Field Recording, L’Usage sonore du monde en cent albums, immersion dans l’univers des enregistrements dits de terrain. Une anthologie donc, mais aussi une introduction élégante, des interviews d’acteurs majeurs et qui permettent de saisir les trois principales démarches regroupées sous cet alias unique, audio-naturalisme, collecte ethno-musicologique, composition, et leurs fertiles interpénétrations. Le style ne pèche jamais tant la phrase est alerte, vive, concise. Le néophyte pris du minimum vital de curiosité désespérera vite de trouver le temps de localiser puis d’écouter l’intégralité des disques choisis, tant Galand sait transmettre la joie qu’il a éprouvée à la découverte de chacun d’entre eux. Un micro, un enregistreur, un disque, et le monde est à nouveau là, devant soi, prêt à l’usage, prêt à la sauvegarde, pour qui veut s’en donner la peine.

Field Recording, L’Usage sonore du monde en cent albums, Alexandre Galand. Le Mot et Le Reste, 2012.

Clément C.

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